Villers

accueil

billet

philosophie

sciences

culture

lectures

liens

#barre

BILLET

(précédent billet, si vous l'avez raté)

   43. Contre Trump, tous écolos ?

début juin 2017
Quand j'entends les réactions désolées ou horrifiées au dernier discours de Trump dénonçant l'accord de Paris,
Quand j'entends les commentateurs saluer la nomination comme ministre d'état de Nicolas Hulot et espérer que son pouvoir puisse aller au delà du minimum symbolique,
Quand je vois aux législatives la couleur verte s'étendre sur les affiches et les tracts, et de plus en plus de candidats se revendiquer de l'écologie,
Quand je lis en bas des pages de publicité que les grosses voitures agressives qu'elles nous vantent ne consomment que 5 litres aux 100 km,
Quand je vois mon supermarché mettre en évidence le vin bio et le chocolat équitable, quand il proclame ne plus mettre en rayon que des oeufs de poules élevées en liberté,

J'ai l'impression que tout le monde est ou devient écologiste, et je me dis que je suis bien entouré. Je me prends à rêver qu'au delà du petit monde des déjà convertis, de ceux que je vois autour de moi, famille ou amis, amapiens (*) du jeudi, du petit public des films militants, la conscience écologique commence vraiment à gagner l'ensemble de la société.

Mais .....

Quand je vois dans ma rue ou sur l'autoroute les voitures se multiplier, et pire encore grossir et s'alourdir (**)
Quand les jours d'anticyclone je vois le bleu du ciel virer au gris au voisinage de l'horizon,
Quand, en allant accueillir quelqu'un à Orly, je vois l'aérogare de plus en plus saturée,
Quand je vois les engins de chantier de plus en plus puissants déplacer des volumes de terre de plus en plus gros, quand j'entends le chant des tondeuses, des tronçonneuses et des soufflettes envahir l'espace sonore,
Quand je vois devant moi dans la file du supermarché des caddies remplis de produits de qualité douteuse mais tellement emballés,
Quand je mesure le temps d'antenne mobilisé par la vacuité des engouements sportifs et les espoirs misés dans l'organisation de jeux olympiques, d'expositions universelles et autres éléphants blancs d'une modernité à bout de souffle,
Quand je vois les sondages politiques toujours si favorables à ceux qui pensent qu'on ne peut se sortir du marasme actuel qu'avec plus de croissance, en "libérant" l'économie, en devenant encore plus compétitifs,
Quand je constate qu'on a si peu parlé d'écologie dans les débats présidentiels et que les journalistes ne se passionnent que pour les carrières brisées des ténors politiques,
Quand je lis qu'au nom du maintien des emplois il faudrait continuer l'exploitation du carbone sale (***) ou maintenir en service des centrales nucléaires plus que vieillissantes, mais que les nouveaux emplois de la transition écologique sont regardés comme trop utopistes pour justifier l'aide publique,
Quand je mesure la force des enjeux pétroliers, et le rôle du cynisme marchand dans l'arrière plan des grandes crises géopolitiques qui occupent la une des médias (****)
Quand je mesure le retard pris depuis le Sommet de la Terre à Rio il y a un quart de siècle et celui de Kyoto il y a deux décennies,

Je me dis aussi que les hommes n'en finissent pas se construire une conscience mondiale pour prendre le virage vert.

Et j'ai bien peur que l'unanimisme écologique qui à certaines occasions émerge un peu partout ne soit d'autant plus fort qu'il n'est en réalité que l'affichage d'une vertu de principe nettement moins difficile à pratiquer que les changements concrets sans cesse retardés.

Sauvons donc (si nous y pouvons quelque chose) l'accord de Paris, accord mondial certes, mais qui ne contient que des engagements de principe assez lointains,
.... et en attendant, cessons de chipoter sur les imperfections du projet de taxe carbone ou sur les nuisances de l'éolien, de douter des capacités ou de la validité économique de l'agriculture bio, de fustiger l'indiscipline des cyclistes, de dénigrer les voies sur berges rendues aux piétons, de gloser sur les contorsions politiques des écolos, et bien d'autres choses encore....

(*) "amapien": membre d'une AMAP, association qui tisse entre les consommateurs et les paysans producteurs des relations directes et solidaires (retour)
(**)les "nouvelles Mini" ou les "nouvelles Fiat 500" sont plus grosses et plus lourdes que bien des voitures "moyennes"(retour)
(***) l'élection de Trump marque la prééminence du charbon sur la Silicon Valley, donc du carbone contre le silicium. Il est singulier de noter que ces deux éléments sont des cousins chimiques, situés l'un au dessus de l'autre sur la même colonne du tableau de Mendeleiev. La chimie du carbone est à la base de la vie sur la Terre, mais c'est ce même carbone accumulé par la vie sous forme fossile et brûlé par l'industrie qui dérègle le climat. La chimie du silicium est le fondement de la magie technique moderne, dont on ne sait pas bien encore si elle rendra les hommes collectivement idiots ou intelligents. (retour)
(****) le pétrole est l'énergie dominante dans le secteur des transports, qui jouent un rôle de premier plan dans le commerce mondial, mais peinent fortement à passer aux énergies propres. (retour)

Antoine Li               http://www.think-thimble.fr
vignette_billet




















Derniers ajouts


billet n°43

une nouvelle lecture:
La Déconnomie (J. Généreux)

dans les pages Philo:
Rêve
une petite note sur les fesses de l'Homme
Mode
Notation
Périphrases

dans les pages Sciences:
Mieux comprendre l'économie

Histoire de la biosphère

Et si la Terre avait l'âge des pyramides d'Egypte?

Mots actuels

Ecologie    Ecologiste
Modernité  Energie 
Progrès technique   Produit Croissance   Décroissance 
Décomplexé    Mine, minerai   
Confiance, optimisme  
Tous dans le même bateau?  

vers liste alphabétique 




auteur

haut de la page
retour à l'accueil
billets anciens
ancien site